Ébauche modulable pour un futur 4 pages...

 De la dématérialisation du corps humain.

Sans doute faudrait-il commencer par se demander quelle place tiennent les arts dans la société ? La réponse particulièrement complexe devrait faire l'objet d'un autre article, aussi me contenterai-je de schématiser en opposant les arts populaires et les « flambeaux », me référant au père Hugo. On attend des premiers qu'ils reflètent la société dans laquelle ils s'inscrivent quand un public plus restreint espère que les seconds questionnent ou guident. Mais j'ai à peine posé cette définition que je me heurte à une interrogation qui ne trouvera jamais de réponse faute de témoignage : qu'en est-il de l'art préhistorique ? La formulation d'hypothèses est d'autant hasardeuse que les récentes techniques de datations montrent que ce qui nous a paru œuvre cohérente d'artistes coopérant dans un élan spirituel, pouvait avoir été travaillé dans des durées pouvant excéder plusieurs milliers d'années.

Du corps dans les cavernes

À ce jour les paléontologues datent de 70 000 ans BP la première trace de peinture dans une grotte, en Afrique du sud. La première signature humaine est une main en négatif datant de 65 500 ans BP1. Les premiers graffeurs connus à ce jour sont donc néandertaliens. L'art naissant serait abstrait, fait de points et de gribouillages. Bien des questions se posent puisque ne peuvent résister au temps que les peintures réalisées dans des grottes. Mais de quel droit je m'autorise à parler d'art ? Mes yeux sont ceux d'un Européen du 21ème siècle. Parviendrons-nous à réaliser que jugeons de 60 000 années d'évolution en référence aux cinq ou six mille que nous connaissons à peu près.

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Or si Néandertal a laissé sur une paroi une main en négatif, cela signifie que le positif était peint sur le corps2. Se contentait-il de colorer les mains sans toucher au visage, aux cheveux, au reste du corps ? Le corps n'aurait-il pas été le premier support pour le peintre ? En Zambie on trouve des traces d'ocre datant de 400 000 ans DP. Qu'en faisait-on ? Un raisonnement de pure logique nous conduirait alors à penser que le corps étant lui-même peint, il n'a aucune raison de figurer parmi les chevaux, aurochs, bisons, cerfs, rhinocéros, lions du paléolithique supérieur, sinon comme ébauche fantomatique, comme pictogramme. Il faut attendre 10 000 ans BP, au maximum, pour trouver dans le Tassili n'Ajjer des chasseurs peints, des corps en mouvement.

Les corps représentés avec réalisme dans les grottes de Lascaux (environ - 17 000 BP), Chauvet (environ - 32 000 BP) ou El Castillo en Espagne (- 40 800 BP) sont ceux d'animaux de grande taille. Nous n'en connaîtrons jamais véritablement la raison. Est-il alors vraisemblable d'interpréter ces composition comme étant des scènes de chasse quand il est plus facile de tuer et ensuite de transporter, lapins, volailles, marcassins et jeunes biches ?

Gravures et sculptures

Il n'est pas impossible que Néandertal ou Homo sapiens aient collectionné des pierres zoomorphes il y a environ 300 000 ans. Telle est l'hypothèse de paléontologues ayant découvert ce qui pourrait être interprété comme ébauches de corps féminins. Une chose est certaine, quand des peintres recouvraient des parois rocheuses, d'autres artistes sculptaient des « vénus » - bien mal nommées -, au moins depuis 40 000 ans BP. Considérant la quasi centaine de statuettes retrouvées, on s'intéresse à la forme des corps sans chercher à personnaliser en représentant un visage. Là encore les interprétations qui ont été données au fil des ans ont tendance à globaliser sans prendre conscience du fait que des milliers d'années peuvent séparer celles que nous avons trouvées et que donc leur sens a peu de chance d'être unique. A notre échelle cela reviendrait à édifier une théorie qui confondrait les intentions des artistes égyptiens, romains, chinois de la période Han, médiévaux,... et Matisse.

Si la peinture pariétale est imitée, achevée peut-être, complétée sûrement, elle est respectée par les générations qui se suivent, ce qui nous autorise à définir ces auteurs comme artistes, il n'en va pas de même de la gravure ou du graffiti. L'art rupestre est très souvent surchargé. Un gribouillage peut se transformer en corps, comme à l'inverse ce dernier peut se voir détruit par d'autres traits. Sur des rochers, à l'extérieur en particulier, chacun peut se saisir d'un objet tranchant, d'un silex, pour dessiner. C'est dans l'art rupestre qu'on trouvera plus facilement des corps humains plus ou moins sexués. Si le peintre qui ne maîtrise pas la technique, laisse la trace de ses mains, le graveur « sans métier », quant à lui, dessine des traits, des arabesques et des vulves. Les pénis, parfois gravés, sont plus facilement sculptés, dans le bois peut-être, mais surtout dans l'os.

Nous nous sommes arrêtés sur la période de l'histoire humaine la moins interprétable pour mettre l'accent sur la fait que les paléontologues se sont surtout intéressés aux émotions, oubliant « l'art populaire », celui de nos ancêtres, enfants peut-être, qui ne maîtrisent pas les arts de la couleur, d ela sculpture et de la gravure. Dans la genèse des images, l'intérêt pour le corps animal ou humain, n'apparaît que tardivement. L'abstraction précède la figuration. Nous ne pouvons que constater sans pouvoir élaborer une véritable théorie. Cela ne nous empêchera pas de remarquer que pour l'essentiel, les études que nous avons pu consulter, se gardent bien d'émettre des hypothèses sur le rôle des sons qui accompagnent inévitablement le regard porté sur les images.

De la représentation des corps humains

Celle-ci apparaît globalement dans l'antiquité. Là encore le cadre de cet article nous limite à l'analyse schématique. À Krimhidenstuhl, en Allemagne on peut trouver dans une ancienne carrière romaine, toutes les étapes de sculptures avant livraison. Tous les corps sont identiques. Du travail à la chaîne pour décorer les jardins de villas. Comme les Grecs, la Romains savent aussi sculpter des portraits ressemblants. En Égypte on fera la distinction entre le figuratif et la représentation symbolique qui s'apparente à l'écriture complétant les cartouches de hiéroglyphes. Les Assyriens possédant une toute autre écriture représentent les corps en guerre, bourreaux ou martyres tout immortalisant, par ailleurs, leurs dignitaires.

Les religions du livre vont introduire un grand débat entre iconoclasme et iconoclastes qui aura des incidences bien au-delà des représentations divines. La représentations du corps humain, lorsqu'elle est tolérée, ne peut plus être figurative sinon par commande d'un notable pour un usage personnel. Commence dans la société le mépris du corps dont les femmes seront les premières victimes jusqu'à brûler sur de grands bûchers allumés pour des spectacles publics. D'autres cultivent les harems tout en interdisant toute représentation humaine. La Torah condamne la représentation du corps humain comme idolâtrie.

La société contraint les arts, mais les artistes finissent par bousculer les règles. On va alors dans notre histoire connaître un phénomène de balancier qui fera se dénuder et se rhabiller les corps jusque dans les églises. La peinture à l'huile apporte les nuances de couleurs qui vont permettre de faire entrer le nu et la nature dans les tableaux des peintres. Le baroque y met un terme, mais pas pour très longtemps. Arrive le romantisme qui noie le corps dans sont environnement, mais continue à cultiver le portrait tant que la photo ne vient pas le concurrencer. Manet fait alors scandale en exposant une botte d'asperge. Si la nature morte est tolérée depuis deux siècles c'est parce qu'elle est symbolique et se lit comme un chemin de croix.

Il faut attendre le début du XXème siècle pour retrouver l'abstraction des origines de l'humanité. Commence la dématérialisation des corps dans l'art.

La place du corps aujourd'hui

Les arts et internet

Le grand paradoxe

Pour résumer nous sommes depuis le début dans un paradoxe permanent concernant le rapport des images à la société. Suffit-il de vouloir faire rentrer les artistes dans les églises pour contrôler les âmes par des images ? Se serait croire naïvement que tous les artistes peintres et bâtisseurs de cathédrales sont de fins théologiens bénévoles. Ce serait trop beau. Ils travaillent parce qu'on les paie et une fois la commande livrée on est obligé de l’honorer sauf sacrilège flagrant. Une vierge trop dénudée sera rebaptisée Danaé. Des drapés ou des slips seront peints sur les sexes des anges de Michel-Ange. Les pénis de toutes les statuts de la même pudique Rome seront coupés et conservés bien étiquetés dans les caves du Vatican. Mais la rue compense, les lavandières chantent à tue-tête des chansons que nous considérerions pornographiques de nos jours. Le curé est bien obligé de trouver une justification religieuse aux figurines orgiaques des modillons : c'est ce qu'il ne faut pas faire et qui conduit en enfer nous explique-t-il avec grand sérieux. On peut s'imaginer que les auteurs de ces plaisanteries s'amusaient bien à les placer sous les sièges des moines et sur tout le pourtour des églises charentaises. Épectase : de Grégoire de Nysse à Daniélou !

Religion et société dans le traitement du corps par les arts

Arts figuratifs et abstraits

La pub art des rues : rhabiller les nus sur les murs et les plages

Le virtuel n'a rien inventé dans ce qui concerne le rapport aux corps

 

 

Comment situer la pédagogie Freinet ?

1Before présent.

2En Indonésie (- 40 000 BP) des négatifs de mains avec avant bras se sont superposées pendant 13 000 ans).