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Prendre le temps de regarder les images en les émancipant de leurs légendes et commentaires Cet atelier s’adressait à tous types d’éducateurs, de la maternelle à l’université. Nous l’avions préparé pour un groupe de 15 à 25 personnes ce qui permettait de travailler par trois ou quatre sur un thème en choisissant ses images dans des lots diversifiés et de présenter ses conclusions à l’ensemble des participants à la fin de chaque séance pour débattre ensemble, conformément à la Méthode naturelle. Cet atelier devait s’installer en direct dans un site web spécialement ouvert, ce qui permettait de le prolonger après la RIDEF et d’envisager la participation de « sans-visas » en visioconférence. Nous n’avions pas internet pour commencer et seulement trois inscrits ce qui nous a contraint à revoir ensemble intégralement notre programme en réduisant nos ambitions, avec la volonté affirmée de continuer à partir des rentrées scolaires et universitaires. L’objectif premier est resté de réfléchir au pouvoir des images, aujourd’hui omniprésentes sur de multiples supports, en nous arrêtant plus particulièrement au rapport entre les images et les textes qui, les présentant, modifient leur sens, aussi bien en photographie, en peinture, en sculpture et bien entendu à la télévision comme sur internet. Nous nous sommes arrêtés aux codes, nés dans les années 1850, qui continuent à conditionner nos photos de familles, sans que nous n’en ayons conscience, dans le placement des parents et enfants. Nous avons pris conscience du fait qu’une image peut rendre compte du son, peut intégrer de la durée et en conséquence devenir narrative. Regarder. Ne pas les écouter les images, les regarder. Cela nous a permis de mieux voir celles que le groupe a choisies, à la recherche incessante d’indices qui leur donnent un sens que nous n’avions pas perçu d’emblée. Nous avons pu constater, par des exemples pris dans les médias, que non seulement l’image n’est souvent présente que pour apporter de la couleur ou du mouvement, mais que le texte, le discours qui la présente peut nous manipuler, nous mentir sans que nous ayons pris le temps de nous en apercevoir. Ont été sélectionnés par exemple la photo censée prouver l’accident d’avion de Prigojine (Wagner) diffusée par toutes les télévisions du monde (encore sur internet) : qu’est-ce qui brûle qu’aucun enquêteur n’a pu approcher ? Nous avons pu voir comment des conflits peuvent utiliser la photographie pour nous imposer une opinion. Nous avons vu des morts se relever après la photo de journalistes protégés par l’armée, et nombre d’images détournées de leur sens... La première manipulation connue date de la guerre entre l’Espagne et les USA en 1898, dont la bataille navale a été filmée dans des bassines dans un immeuble à New York, encadrée par l’armée, après avoir capturé tous les reporters caméramans placés e force dans un bateau. Nous avons découvert la concurrence qu’ont pu se faire la photographie et la peinture presque immédiatement après l’invention de la première au début du XIXème siècle. Les peintres perdent rapidement leurs commandes de portraits. Les photographes prennent le relai. Les peintres investissent la nature dans l’impressionnisme, mais dès la fin du même siècle les pictorialistes viennent à nouveau les concurrencer sur leur propre terrain. On comprend mieux alors comment apparaîtra l’art dit abstrait, mais les progrès de la chimie permettent de réduire le temps de pose ce qui donne l’idée à Christian Schad de déposer des objets directement sur la pellicule pour la flasher, un procédé que reprendra Man Ray, un enfant de l’École Moderne Ferrer aux États Unis. Ces deux arts ont fini par s’imposer. La peinture depuis longtemps, depuis l’art pariétal (moins 67 800 ans en Indonésie), avait déjà intégré la dimension de la durée. La photographie s’était au contraire donné comme règle d’ouvrir une fenêtre sur le monde, dans laquelle le temps serait figé puisque le cinéma arrivait pour la compléter dans cette dimension. Pourtant... Existe-t-il une peinture et une photographie féminine ? Dans ces deux arts les femmes ont eu grande difficulté pour se faire reconnaître. Leni Riefenstahl, sportive, puis cinéaste et enfin photographe d’un talent incontestable, aux inventions largement pillées après la guerre, ira jusqu’à se compromettre avec le nazisme pour se faire reconnaître « artiste femme ». Mais existe-t-il un art féminin différent de celui des hommes ? Sait-on reconnaître parmi les publicités hypersexualisées post-soixante-huitardes, celles qui ont été conçues et réalisées par des femmes ? Et puis, après avoir regardé, nous avons créé des images pensées. La consigne était simple. Inutile d’aller très loin ! Prendre trois photos, avec son téléphone portable, qui soient reliées par du sens et pourraient éventuellement débuter une histoire muette. L’exercice a permis au groupe de se rendre compte de son changement de regard en choisissant avec grande précision son cadre, en pensant ses enchaînements, en équilibrant les masses, en introduisant une dimension psychologique, en concevant un hors champ significatif… Ce qui restera à faire à distance, dans une Classe Virtuelle partagée, ce sera de concevoir des outils pour nos classes qui ne s’apparentent pas à des manuels scolaires. L’atelier continue donc. Et puis, rendez-vous est pris pour un atelier Images dans le centre de formation des enseignants de Yamoussokro en Côte d’Ivoire. |
Dedicar tiempo a observar las imágenes Este taller estaba dirigido a todo tipo de educadores, desde la educación infantil hasta la universidad. Lo habíamos preparado para un grupo de entre 15 y 25 personas, lo que permitía trabajar en grupos de tres o cuatro sobre un tema, eligiendo las imágenes de entre un conjunto variado, y presentar las conclusiones al conjunto de los participantes al final de cada sesión, de acuerdo con el Método Natural. Este taller debía desarrollarse en una página web creada específicamente para la ocasión, lo que permitía prolongarlo tras la RIDEF y contemplar la participación de personas «sin visado» mediante videoconferencia. Al principio no disponíamos de conexión a Internet y solo contábamos con tres inscritos, lo que nos obligó a revisar íntegramente nuestro programa entre todos, reduciendo nuestras ambiciones, con la firme voluntad de continuar a partir de los próximos cursos escolares y universitarios. El objetivo principal siguió siendo reflexionar sobre el poder de las imágenes, hoy omnipresentes en múltiples soportes, centrándonos más concretamente en la relación entre las imágenes y los textos que, al presentarlas, modifican su significado, tanto en la fotografía, la pintura y la escultura como, por supuesto, en la televisión e Internet. Nos hemos detenido en los códigos, surgidos en la década de 1850, que siguen condicionando nuestras fotos familiares —sin que seamos conscientes de ello— en la disposición de padres e hijos. Nos hemos dado cuenta de que una imagen puede reflejar el sonido, puede integrar la duración y, en consecuencia, convertirse en narrativa. Mirar. No escuchar las imágenes, mirarlas. Esto nos ha permitido ver mejor las que ha elegido el grupo, en una búsqueda incesante de pistas que les den un sentido que no habíamos percibido a primera vista. Hemos podido constatar, a través de ejemplos extraídos de los medios de comunicación, que no solo la imagen suele estar presente únicamente para aportar color o movimiento, sino que el texto, el discurso que la presenta, puede manipularnos, mentirnos sin que nos hayamos dado tiempo a darnos cuenta de ello. Se seleccionó, por ejemplo, la foto que supuestamente demostraba el accidente aéreo de Prigojine (Wagner), difundida por todas las cadenas de televisión del mundo (y que aún circula por Internet): ¿qué es lo que arde y a lo que ningún investigador ha podido acercarse? Hemos podido ver cómo los conflictos pueden utilizar la fotografía para imponernos una opinión. Hemos visto a muertos levantarse tras la foto de periodistas protegidos por el ejército, y numerosas imágenes a las que se les ha dado un sentido distinto al original... La primera manipulación conocida data de la guerra entre España y Estados Unidos, en 1898, cuya batalla naval fue filmada en cubetas en un edificio de Nueva York, bajo la supervisión del ejército, tras haber capturado a todos los reporteros con cámeras en un barco. Hemos descubierto la competencia que pudieron mantener la fotografía y la pintura tras la invención de la primera a mediados del siglo XIX. Los pintores pierden rápidamente sus encargos de retratos. Los fotógrafos toman el relevo. Los pintores se adentran en la naturaleza con el impresionismo, pero ya a finales de ese mismo siglo los pictorialistas vuelven a competir con ellos en su propio terreno. Así se comprende mejor cómo surgirá el llamado arte abstracto, pero los avances de la química permiten reducir el tiempo de exposición, lo que da a Christian Schad la idea de colocar objetos directamente sobre la película para exponerla a la luz, un procedimiento que retomará Man Ray, un discípulo de la Escuela Moderna Ferrer en Estados Unidos. Estas dos formas artísticas acabaron imponiéndose. La pintura, desde hacía mucho tiempo, desde el arte parietal (hace más de 67 800 años en Indonesia), ya había integrado la dimensión de la duración. La fotografía, por el contrario, se había fijado como norma abrir una ventana al mundo, en la que el tiempo quedaría congelado, ya que el cine llegaría para completarla en esa dimensión. ¿Sin embargo?… ¿Existe una pintura y una fotografía femeninas? En estas dos disciplinas artísticas, las mujeres han tenido grandes dificultades para hacerse valer. Leni Riefenstahl, deportista, cineasta y, finalmente, fotógrafa de un talento indiscutible, cuyas innovaciones fueron ampliamente plagiadas tras la guerra, llegó incluso a comprometerse con el nazismo para que se la reconociera como «mujer artista». Pero, ¿existe un arte femenino diferente al de los hombres? ¿Sabemos distinguir, entre las publicidades hipersexualizadas posteriores a 1968, aquellas que han sido concebidas y realizadas por mujeres? Y luego, tras observarlos, creamos imágenes reflexivas. Las instrucciones eran sencillas. ¡No hacía falta ir muy lejos! Tomar tres fotos con el móvil que estuvieran relacionadas entre sí por su significado y que, eventualmente, pudieran dar pie a una historia muda. El ejercicio permitió al grupo darse cuenta del cambio en su mirada al elegir con gran precisión el encuadre, pensar en las secuencias, equilibrar las masas, introducir una dimensión psicológica y concebir un fuera de campo significativo… Lo que quedará por hacer a distancia, en una clase virtual compartida, será diseñar herramientas para nuestras clases que no se parezcan a los libros de texto. El taller continúa. Además, ya hay una cita fijada para un taller sobre imágenes en el centro de formación de profesores de Yamoussoukro, en Costa de Marfil. |
Taking the time to look at images by freeing them from their captions and commentary This workshop was aimed at all types of educators, from primary school to university. We had prepared it for a group of 15 to 25 people, which allowed participants to work in groups of three or four on a theme, selecting their images from a diverse range of sets, and to present their conclusions to the whole group at the end of each session for joint discussion, in accordance with the Natural Method. The workshop was to be hosted live on a specially created website, which would allow it to continue after the RIDEF and enable ‘non-visa-holders’ to participate via videoconference. To get started we had no internet access and only three people had registered, which forced us to completely rethink our programme together, scaling back our ambitions, whilst remaining determined to continue once the new school and university terms began. The primary objective remained to reflect on the power of images—now ubiquitous across multiple media—focusing in particular on the relationship between images and the texts that accompany them, which alter their meaning, whether in photography, painting, sculpture, and, of course, on television and the internet. We focused on the conventions, which originated in the 1850s, that continue to shape our family photographs – without us even realising it – in terms of the positioning of parents and children. We realised that an image can convey sound, can incorporate duration and, as a result, become narrative. Look. Don’t just listen to the images; look at them. This enabled us to see more clearly the images the group had chosen, in a constant search for clues that give them a meaning we hadn’t perceived at first glance. We were able to observe, through examples taken from the media, that not only is the image often present merely to add colour or movement, but that the text – the narrative presenting it – can manipulate us and lie to us without us having taken the time to notice. One example selected was the photograph purporting to prove Prigozhin’s (Wagner) plane crash, broadcast by television channels worldwide (and still circulating online): what is it that is burning that no investigator has been able to get close to? We have seen how conflicts can use photography to impose an opinion on us. We have seen the dead rise again following a photograph of journalists protected by the army, and numerous images whose meaning has been distorted… The first known instance of this manipulation dates back to the Spanish-American War of 1898, during which the naval battle was filmed in basins inside a building in New York, under the supervision of the army, after all the reporters and cameramen had been rounded up and forced onto a boat. We saw the competition that arose between photography and painting almost immediately after the invention of the former in the early 19th century. Painters quickly lost their commissions for portraits. Photographers took over. Painters turned to nature in the Impressionist movement, but by the end of the same century, the Pictorialists were once again competing with them on their own turf. We can then better understand how so-called abstract art came about, but advances in chemistry made it possible to reduce exposure times, which gave Christian Schad the idea of placing objects directly onto the film and exposing it to light – a process later adopted by Man Ray, a graduate of the Ferrer School of Modern Art in the United States. These two art forms eventually established themselves. Painting, for a long time – ever since cave art (67,800 years ago in Indonesia) – had already incorporated the dimension of duration. Photography, on the other hand, had set itself the rule of opening a window onto the world, in which time would be frozen, since cinema was emerging to complement it in this respect. And yet… Is there such a thing as ‘feminine’ painting and photography? In both these arts, women have faced great difficulty in gaining recognition. Leni Riefenstahl – an athlete, then a filmmaker, and finally a photographer of undeniable talent, whose innovations were widely plundered after the war – went so far as to compromise herself by aligning with Nazism in order to be recognised as a ‘female artist’. But is there such a thing as ‘feminine’ art that differs from that of men? Can we recognise, amongst the hyper-sexualised post-’68 adverts, those that were conceived and produced by women? And then, after looking, we created thought-provoking images. The instructions were simple. No need to go very far! Take three photos with your mobile phone that are linked by meaning and could potentially form the start of a silent story. The exercise enabled the group to realise how their perspective had changed as they chose their framing with great precision, thought through their sequences, balanced the composition, introduced a psychological dimension, and conceived a meaningful off-screen space… What remains to be done remotely, in a shared Virtual Classroom, is to devise tools for our classes that are not simply textbooks. The workshop therefore continues. And we’ve also arranged a ‘Images’ workshop at the teacher training centre in Yamoussoukro, Ivory Coast. |
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