Les Classes Virtuelles Coopératives (CVC) sont nées, dans mes classes de collège, puis de lycée, de la nécessité de créer nous-mêmes les outils dont nous avions besoin tout en nous conformant aux programmes et à la préparation des examens de fin d'année. Il s'agissait du brevet, puis du baccalauréat et plus tard de BTS variés, pour terminer en BTS audiovisuel, mes vingt dernières années d'enseignement, avec des heures dans des classes d'IUT spécialisées. Nous avons démontré que nous pouvions largement dépasser les exigences d'un programme en ne le suivant pas dans des manuels conçus pour une culture moyenne qui ne repose sur aucune réalité culturelle locale et encore moins sur des besoins formulés par nos élèves ou étudiants.
A cet effet nous préparions des séries de fichiers construits coopérativement, à partir des erreurs, aussi bien que des demandes individuelles ou collectives.
Nous mettions le programme officiel résumé sur la table, dès la rentrée scolaire, puis régulièrment, pour démarrer chaque période de projets : "Qui fait quoi ? "
Nous avions obtenu une armoire dans laquelle nous avions notre matériel pour toutes classes, sans distinction des niveaux afin que se serve qui en avait besoin. Nous avions ainsi conçu des enveloppes A4 documentaires dans lesquelles mes élèves et moi glissions des documents découpés dans des journaux, revues ou magazines, complétés par des pages rédigées ou photocopiées. Nous avions un classement thématique de type Dewey adapté à nos besoins et donc évolutif en fonction de l'actualité et des programmes. Un élève faisant une erreur était chargé de construire une fiche explicative. S'il ne savait pas, il faisait appel à d'autres élèves. En dernier recours j'intervenais en rédigeant la fiche ou en donnant un cours en temps réduit. Une fiche écrite était placée dans le fichier correspondant qui pouvait être grammatical, orthographique, documentaire, méthodologique... en rapport avec les exigences formelles et de contenus d'un examen. Nous avions donc des fichiers méthodologiques et documentaires. Ces fiches étaient validées par le maître ou une personne extérieure compétente. Une fiche non validée pouvait être corrigée par d'autres élèves. Un bandeau était apposé : "corriger l'orthographe", "vérifier telle donnée"... et pour finir la fiche était marquée validée.
J'ai commencé à faire entrer l'informatique dans mes classes de collège en 1982 avec l'usage des premières disquettes (5,25 pouces). Je créais des programmes en Basic adaptés aux circonstances. En 1985 j'ai bénéficié du plan informatique pour tous de Fabius? J'ai pu concourir l'année suivante pour la dotation nationale d'experimentation en informatique (6 lycées en France), ce qui m'a permis d'introduire un ordinateur dans ma classe, avec liaison minitel. Nous pouvions ainsi avoir accès en particulier aux télex de l'Agence France Presse et travailler sur l'actualité. Dès que nous avons pu nous brancher sur le réseau académique, puis créer notre propre site web, nous avons informatisé tous nos fichiers ainsi que nos systèmes d'évaluation. Ainsi sont nées les CVC. Etant impliqué dans le mouvement Freinet depuis 1971 j'ai pu ouvrir ces premières Classes à la Fédération Internationale des Mouvements d'École Moderne (FIMEM) à partir de 2002 et créer les premières CVC internationales.
Les progrès en informatique sont tels que notre objectif est maitenant de pouvoir concerner les plus défavorisés, que ce soit dans les écoles de tous niveaux ou nos RIDEF (Rencontres Internationales des Educateurs Freinet) pour les personnes invitées qui se sont vues refuser leurs visas. Nous n'avons pas encore réussi faute de wifi stable.
Freinet n'avait pas de livres dans sa classe quand il a commencé, raison pour laquelle il les a fabriqués avec ses élèves et ses collègues. Fabriquer les jouets puis les outils dont nous avons besoin est à la portée de tout le monde. C'est du moins ce que j'ai appris en Guinée dans mon enfance.
La CVC antivirale est née le premier jour du confinement COVID, pour ne pas interrompre les projets engagés dans la classe. Les familles concernées dans le quartier de lécole n'avaient pas d'ordinateur mais un téléphone portable avec lequel elles pouvaient téléphoner, recevoir des consigne, faire état des travaux des enfants en prenant des photos des productions réalisées à la maison. Les projets commencés dans la classe avant le confinement ont été continués et certains terminés hors de la classe. Cela en maternelle avec des enfants qui ne savent pas encore lire.
Que répondre à nos collègues qui nous accusent par principe politique de dégrader l'enseignement, sinon ce que j'ai toujours fait en fin d'année : viens comparer les résultats au bac de tes élèves et ceux des miens que tu as refusé de prendre cette année sous prétexte que tu les considérais trop nuls et perturbateurs. Des adolescents, des jeunes motivés qui donnent du sens à ce qu'ils font, réussissent presque toujours aussi bien et très souvent mieux que les "bons élèves" qui apprennent et reproduisent un cours mais ne savent pas anticiper ni sortir du rang, pour s'adapter de manière autonome aux réalités de la vie.
Tout "devoir" raté pouvait être corrigé partiellement ou totalement avec l'aide des fichiers et d'autres élèves Le secret est là : dans l'ambiance coopérative installée dès la rentrée, dans la solidarité et dans la motivation, le programme est abordé par des projets de groupes ou individuels, librement choisis et devant respecter dans leurs restitutions la forme toute artificielle et déconnectée de la vie, imposée dans les épreuves des examens.