L'anthropologie, ces dernières années, s'est particulièrement intéressée à l'art et aux images en général, renouvelant totalement l'approche qui en était faite. Si les diffférentes théories qui ont jalonné toute l'histoire de l'art peuvent toujours nous éclairer, elles doivent être resituées dans leur épopque. Après les avoir enseignées nous abandonnerons toutes analyses issues de la linguistique, la sémiologie y compris, et bien entendu toutes rhétoriques de l'image, comme ayant été des outils conçus pour les documents verbaux et transposés à d'autres domaines. - La sémiotique pourra cependant toujours d'actualité lorsqu'il s'agira de décrire le discours, comme la narratologie pourra nous aider à décrire le film de fiction, lorsque l'image est mise en récit (y compris dans un tableau de peintre ou une photo), ou se fait le support d'une argumentation. Mais l'image mérite d'être étudiée pour elle-même et c'est ce à quoi nous nous attacherons. Avant tout prendre le temps de regarder.

   L'image n'est pas seulement un langage. Quand je regarde un arbre, il n'a rien à me dire. Pour paraphraser Octavio Paz dans Le Singe grammairienl'arbre que je dis n'est pas l'arbre que je vois. Toutes les images méritent davantage que de servir de supports à l'expression de délires personnels, même justifiés par le vocable barthésien de connotation. Ces derniers ne concernent que moi, au même titre que ceux que peuvent inspirer celles et ceux qui les formulent devant une machine à vapeur, quand ils ou elles ignorent tout de son fonctionnement. L'image n'est pas plus polysémique qu'un texte écrit équivalent, lequel se présente d'abord à nous comme une image.