Vers une approche anthropologique des arts visuels
Ébauche modulable pour un futur 4 pages...
Je dois commencer par avouer que c'est sans doute Hans Belting qui m'a ouvert les yeux et fait reprendre intégralemetn mes cours sur l'étude des images. Du jour au lendemain j'ai remisé mes cours de sémiologie et de sémiotique pourtant au programme. L'image est anthropologique et non simple technique au service d'une esthétique quand ce n'est pas d'une morale. Le chemin n'est pas si long qui nous conduit du portrait de famille qu'on accrochait au dessus de son lit aux milliers de photos que nous stockons dans nos téléphones portables dans un comportement tout aussi magique mais qui ne repose plus sur la présence de l'image.
De la dématérialisation du corps humain.
Sans doute faudrait-il commencer par se demander quelle place tiennent les arts dans une société humaine ? Ce devrait être l'objet d'un livre entier tant la réponse est complexe et doit toucher l'histoire des arts visuels, dans leur ensemble, sur toute la planète. Je me contenterai de schmatiser en opposant les arts populaires aux « flambeaux » qui éclairent lé(e peuple, comme le disait le père Hugo en pensant d'abord à lui-même. On attend des premiers qu'ils reflètent la société dans laquelle ils s'inscrivent, quand un public, plus restreint, espère que les seconds questionnent ou, mieux encore, guident. Mais j'ai à peine posé cette définition que je me heurte à une interrogation qui ne trouvera jamais de réponse faute de témoignage : qu'en est-il de l'art préhistorique ? La formulation d'hypothèses est d'autant plus hasardeuse que les récentes techniques de datation montrent que ce qui nous a paru œuvre cohérente d'artistes coopérant dans un élan spirituel, avait été travaillé dans des durées pouvant excéder plusieurs milliers d'années, sur la même paroi. Pablo Picasso prenant par le coude son ami sculpteur sumérien dans espace dont on suppose qu'il accueillera mille ans après les jardins de Babylone, pour lui conseiller d'ajouter une barbe à Gudea !
Du corps dans les cavernes
À ce jour, en 2026, les paléontologues datent de 70 000 ans BP la première trace de peinture dans une grotte, en Afrique du sud. La première signature humaine est une main en négatif datant de 68 000 ans BP (Before Present). Les premiers graffeurs connus à ce jour seraient donc néandertaliens et homo sapiens. L'art naissant aurait-il été abstrait, fait de points et de gribouillages ? Bien des questions se posent puisque ne peuvent résister au temps que les peintures réalisées dans des grottes. Mais de quel droit je m'autorise à parler d'art, interroge Philippe Descola ? Et puis mes yeux sont ceux d'un Européen du 21ème siècle. Parviendrons-nous à réaliser que nous jugeons de 60 000 années d'évolution en nous référant aux cinq ou six mille que nous connaissons à peu près de la Mésopotamie, en passant par Egypte, la Grèce et Rome, le Moyen âge pour arriver à notre siècle qui s'interroge concernant l'image virtuelle des humanoïdes titanisés.
Or si nos lointains ancêtres ont laissé sur une paroi une main en négatif, cela signifie que le positif était peint sur le corps. Se contentaient-ils de colorer leurs mains sans rien dessiner sur leur visage, sans teindre leurs cheveux, voire le reste du corps ? Le corps n'aurait-il pas été le premier support pour le peintre, conmme le suggère Le Clézio dans Haï ? En Zambie on trouve des traces d'ocre datant de 400 000 ans BP. Qu'en faisait-on ? Un raisonnement de pure logique nous conduirait alors à penser que le corps étant lui-même peint, il n'a que peu de raison de figurer parmi les chevaux, aurochs, bisons, cerfs, rhinocéros, lions du paléolithique supérieur, sinon comme ébauche fantomatique, comme pictogramme. Il faut attendre 10 000 ans BP, au maximum, pour trouver dans le Tassili N'Ajjer des chasseurs peints, des corps en mouvement reproduisant de vraie scènes de chasse. Mais qu'est-ce qui m'autorise à penser que les chasseurs de Chauvet portaient certainement les mêmes masques que les ancêtres supposés des Touaregs, 25 000 ans auparavant et se faisaient bénir par le chamane dont on a retrouvé une représentation dans la Vallée des Merveilles ? Il suffit de regarder nombre de manuels et livres de jeunesse offerts aux enfants pour réaliser l'ampleur des clichés imprimant des jeunes esprits au nom de ce qu'on ose appeler une culture.
Les corps représentés avec réalisme dans les grottes de Lascaux (environ - 17 000 BP), Chauvet (environ - 32 000 BP) ou El Castillo en Espagne (- 40 800 BP) sont ceux d'animaux de grande taille. Nous n'en connaîtrons jamais véritablement la raison. Est-il alors vraisemblable d'interpréter ces compositions comme étant des scènes de chasse quand il est plus facile de tuer, dépecer sur place et ensuite de transporter, lapins, volailles, marcassins et biches découpées préalablement au silex en gigots ?
Gravures et sculptures
Il n'est pas impossible que Néandertal ou Homo sapiens aient collectionné des pierres zoomorphes il y a environ 300 000 ans. Telle est l'hypothèse de paléontologues ayant découvert ce qui pourrait être interprété comme ébauches de corps féminins. Une chose est certaine, quand des peintres recouvraient des parois rocheuses, d'autres artistes sculptaient des « vénus » - bien mal nommées -, au moins depuis près de 70 000 ans BP. Considérant la quasi centaine de statuettes retrouvées, on s'intéresse à la forme des corps sans chercher à personnaliser en représentant un visage. Là encore les interprétations qui ont été données au fil des ans ont tendance à globaliser sans prendre conscience du fait que des milliers d'années peuvent séparer celles que nous avons trouvées et que donc leur sens a peu de chance d'être unique. A notre échelle cela reviendrait à édifier une théorie qui confondrait les intentions des artistes égyptiens, romains, chinois de la période Han, médiévaux,... et Giacometti.
Si une peinture pariétale est imitée, achevée peut-être, complétée sûrement, elle est respectée par les générations qui se suivent, ce qui peut nous autorise à définir ces auteurs comme artistes reconnus en leur temps. On en serait moins affirmatif concernant la gravure ou du graffiti ce qui renforce l'idée qu'il s'agissait probablement de symboles, d'une forme d'écriture qui pourrait avoir été accompagnée de sons. L'art rupestre est très souvent surchargé. Un gribouillage peut se transformer en corps, comme à l'inverse ce dernier peut se voir surchargé par d'autres traits dont nous avons perdu la signification, d'autant plus qu'ils peuvent avoir été tracés par des enfants. Sur des rochers, à l'extérieur en particulier, chacun peut se saisir d'un objet tranchant, d'un silex, pour dessiner. C'est dans l'art rupestre d'extérieur qu'on trouve plus facilement des corps humains plus ou moins sexués. Moins de spécialisatoin que sur les parois rocheuses au fond de grottes ? Si le peintre qui ne maîtrise pas la technique, laisse la trace de ses mains, le graveur « sans métier », quant à lui, dessinerait peut-être des traits, des arabesques et des vulves. Les pénis, parfois gravés, sont plus facilement sculptés, dans le bois peut-être, mais surtout dans l'os. Qui sont les auteurs ? Nous devons supposer qu'ils puissent avoir été différents des peintres et des sculpteurs. Nous avons en tête l'idée de métiers, de spécialisation, de transmission.
Nous nous sommes arrêtés sur la période de l'histoire humaine la moins interprétable pour mettre l'accent sur le fait que les paléontologues se sont surtout intéressés aux émotions, oubliant « l'art populaire », celui de nos ancêtres, enfants peut-être, qui ne maîtrisent pas les arts de la couleur, de la sculpture et de la gravure. Qualifiant des humains d'artistes peintres et sculpteurs nous leur donnons une fonction noble dans leur société. Il est à remarquer que dans la genèse des images, l'intérêt pour le corps animal ou humain, n'apparaît que tardivement. L'abstraction précède la figuration. La classant parmi les symboles, on en a fait les signes précurseurs d'une écriture, d'un langage. Une telle chronologie lisserait à supposer que l'art pariétal était commenté, pouvait être conté. Et puis ce n'est que très récemment que la paléontologie a pu s'intéressr aux sons en faisant des mesures dans les grottes contenant des peintures pariétales. Cette dimension qui ouvre de nouvelles perspectives. Chamanisme ? Et si les contes populaires étaient apparus dans les grottes de nos lointains ancêtres avec des conteuses et conteurs au corps peint en renard, loup, tigre des cavernes imitant les cris des animaux sauvages avec lesquels ils partagent un abri ?
Sans sombrer dans le primitivisme d'une anthropologie occidentale méprisable, nous ne pouvons nous empêcher de souligner que l'art Edo s'inscrit dans une société qui ignore l'écriture. Une statuette Nous ne développerons pas ici cet aspect très important losqu'on parle de déconialiser, mais rappelons que nous devons étudier différemment les arts visuels des sociétés de l'écriture de celles de l'oralité. Un objet sculpté n'a pas la même fonction, ne provoque pas le même dicours. Les bronze du royaume d'Ifé n'ont pas le même sens quai Branly à Paris et à Cotonou où elle sont été restituées.
De la représentation des corps humains
Nous faisons maintenant un grand bon dans l'évolution de notre espèce pour pénétrer plus avant dans son histoire. À en juger par les traces qu'elle nous a laissée, notre Antiquité s'est particulièrement intéressée au corps humain au point de le dénuder. Là encore le cadre de cet article nous contraint à une analyse schématique. À Krimhidenstuhl, en Allemagne on peut trouver, dans une ancienne carrière romaine, toutes les étapes de sculptures avant livraison. Tous les corps sont identiques. Du travail à la chaîne pour décorer les jardins de villas galloromaines. C'est concrètement l'apparition d'une mode. Cependant comme les Égyptiens, les Grecs et les Romains savent aussi sculpter des portraits ressemblants. En Égypte on aura fait la distinction entre le figuratif et la représentation symbolique qui s'apparente à l'écriture, complétant les cartouches de hiéroglyphes. Les Assyriens possédant une toute autre écriture représentent les corps en guerre, bourreaux ou martyres tout en immortalisant, par ailleurs, leurs dignitaires. Durant cette antiquité, globalement, les portraits sont à la fois symboliques et, on peut le penser, ressemblants.
Les religions du Livre vont introduire un grand débat entre iconoclastes et iconophiles qui aura des incidences bien au-delà des images divines. La représentation du corps humain ne peut plus être figurative sinon pour la commande d'un notable pour un usage personnel. Commence dans la société le mépris du corps dont les femmes seront les premières victimes jusqu'à brûler sur de grands bûchers allumés pour des spectacles publics. D'autres cultivent les harems tout en interdisant toute représentation humaine. La Torah condamne la représentation du corps humain comme idolâtrie.
Le grand paradoxe
Nous sommes depuis le début dans un paradoxe permanent concernant le rapport des images à la société. Suffit-il de vouloir faire rentrer les artistes dans les églises pour contrôler les âmes par des images ? Se serait croire naïvement que tous les peintres et bâtisseurs de cathédrales sont de fins théologiens bénévoles. Ce serait trop beau. Ils travaillent parce qu'on les paie et une fois la commande livrée le commanditair se sent obligé de l’honorer sauf sacrilège flagrant. Une vierge trop dénudée sera rebaptisée Danaé. Des drapés ou des slips seront peints sur les sexes des anges de Michel-Ange. Les pénis de toutes les statues de la même hypocrite autant que pudique cour romaine de la papauté, seront coupés et conservés bien étiquetés dans les caves du Vatican, jusqu'en 1992. Mais la rue compense, les lavandières chantent à tue-tête des chansons que nous considérerions pornographiques de nos jours, passibles de la loi. Le curé charentais est bien obligé de trouver une justification religieuse aux figurines orgiaques des modillons gravés sur le pourtour d eson église : c'est le modèle conforme de ce qu'il ne faut pas faire et qui conduit en enfer nous explique-t-il avec grand sérieux. On peut s'imaginer que les auteurs de ces plaisanteries s'amusaient bien à les placer sous les sièges des moines et sur tout le pourtour des églises charentaises. Épectase : de Grégoire de Nysse à Daniélou !
La société contraint les arts, mais les artistes s'évertuent à bousculer les règles. Le principal moteur de l'art ne serait-il pas la transgression des règles qu'on lui impose ? On va alors dans notre histoire connaître un phénomène de balancier qui fera se dénuder et se rhabiller les corps jusque dans les églises. La peinture à l'huile apporte les nuances de couleurs qui vont permettre de faire entrer le nu et la nature dans les tableaux des peintres. Le baroque y met un terme, mais pas pour très longtemps. Arrive le romantisme qui noie le corps dans son environnement, mais continue à cultiver le portrait tant que la photo ne vient pas le concurrencer. Manet fait alors scandale en exposant une botte d'asperge parce que le seul sujet noble doit rester la figuration de l'être humain. . Si la nature morte est tolérée depuis deux siècles c'est parce qu'elle est symbolique et se lit comme un chemin de croix.
Il faut attendre le début du XXème siècle pour retrouver l'abstraction des origines de l'humanité. Recommence la dématérialisation des corps dans l'art du peintre. Il est rassuré cependant quand Nadar prend le relai pour confier les corps aux photographes.
Demeurent en chantier quelques chapitres
Les arts visuels de la télévison à internet
De l'histoire de la pudeur : Religion et société dans le traitement du corps par les arts
Le corps abstrait
La pub comme art des rues : rhabiller les nus sur les murs et les plages
Qu'apporte le virtuel dans la représentation du corps human ?
Comment situer la pédagogie Freinet ?
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